Tome 2 : Ceux du dehors [Sortie le 11 juin 2018]

Plus de six mois ont passé depuis la victoire des humains sur les Abominations et la clôture de toutes les failles.

Kerys goûte la paix retrouvée ; Honoré Rocheclaire et Artémise Bouquet convolent en justes noces. La fête sera courte : le moment est venu de secourir Érika Zhaan, retenue prisonnière dans une faille à proximité de Sainte-Victoire. Au cours de leur incursion en territoire ennemi, les mercuriens découvrent l’ampleur de la menace. Les Abominations n’ont pas décidé de passer leur chemin, au contraire, elles semblent avoir trouvé un appui inattendu chez certains humains : les individualistes. Ces nouveaux alliés semblent avoir pour but d’abattre à la fois le gouvernement et les brigades du mercure.

Face à ces menaces, Honoré, Artémise, Erika et les mercuriens vont devoir rivaliser d’ingéniosité et courage…

Extrait
Une fissure apparut à un mètre de la machine. Les scientifiques louchèrent en sa direction, puis actionnèrent de plus belle les manivelles. La déchirure s’agrandit lentement. L’instrument tressaillit entre les mains d’Artémise. Elle ressentit la présence d’Érika : notes musquées et épicées, maelström d’émotions où dominaient la colère et la rage de vaincre. La jeune femme était proche. La brèche s’élargit jusqu’à atteindre une taille suffisante pour permettre aux mercuriens de la traverser. Labriche et Denier s’arrêtèrent et bloquèrent les manivelles. Le dérouleur gémit, mais tint bon. Artémise réalisa qu’elle avait retenu sa respiration et expira.
— Tout est sous contrôle, annonça Labriche. Nous avons stabilisé le passage.
Si tout fonctionnait comme prévu, ils maintiendraient l’ouverture jusqu’à ce que le groupe revienne. On la refermerait grâce au dérouleur et aux nouveaux explosifs, développés à la suite de la bataille de Sainte-Victoire et du sacrifice de Maximilien Rocheclaire.
Si tout fonctionnait comme prévu.
La doctoresse savait ce qu’ils allaient trouver derrière, elle connaissait cette succession de salles et de couloirs. Elle revoyait le visage d’Érika se tordre pour laisser place à celui de l’Indicible qui l’avait capturée. Elle posa une main sur le violon, paume nue contre le bois. Une tempête l’assaillit : toutes les émotions qui animaient Érika la frappèrent. Elle ressentit sa douleur, sa fatigue, la faim qui la tenaillait, la soif, la peur, la haine, la rage. Cette dernière tourbillonnait comme un feu brûlant et acide. Artémise avait déjà expérimenté ce partage, lors de leur bataille contre Legris l’Indicible. La sensation lui évoquait aujourd’hui le grondement qui précédait une éruption volcanique ou un tremblement de terre. Elle chancela et mit un genou à terre. Honoré se précipita pour l’aider à se relever. Artémise lut la panique dans ses yeux et s’en voulut de le distraire de sa tâche de meneur.
— Tout va bien, capitaine, déclara-t-elle d’une voix forte.
Honoré s’était amélioré pour saisir les allusions qu’elle lançait. Il hocha la tête et se tourna vers les mercuriens. Deux soldats lourdement armés – fusils, canons de montagne et explosifs – prirent place à côté de la machine ; ils restaient pour la protéger d’une éventuelle attaque.
— Mesdames et messieurs, l’heure est venue de montrer à ces choses de quel bois se chauffent les Kerysiens et les Austréniens, je ne vous oublie pas Wilbur.
Armant son fusil, il marcha dans la faille et entra, aussi naturellement que s’il avait passé les portes d’un restaurant chic de la capitale. Artémise admira sa prestance, son absence de peur et son charisme, même si elle voyait clair dans son jeu : Honoré était malade de trouille, tout comme elle.
Elle jeta un coup d’œil aux hommes et aux femmes. À l’expression de leur visage, elle sut qu’ils suivraient le capitaine Rocheclaire où qu’il aille. Calant le violon contre son menton, elle avança à son tour.