L’amnésique

Par André Deslacs.

Le personnage amnésique est un grand classique de l’imaginaire et du roman policier.

Pourquoi ce choix de la part de temps d’auteurs ?

Tout d’abord, car le personnage devient une page blanche. L’amnésie est pratique pour commencer une histoire avec un personnage ignorant, mais adulte. Un amnésique sait parler, se moucher, s’habiller, manger et aller au petit coin tout seul. Il parle normalement et comprend même les seconds sens des phrases et de l’humour.

Ainsi, l’amnésique permet de faire découvrir l’univers au lecteur, sans qu’on se trimballe avec un bambin naïf et ignorant.

L’amnésique est aussi intéressant parce qu’il peut avoir oublié (ses compétences, ses proches, des informations qu’il détenait). Je me souviens avec nostalgie dans Warbreaker, de ce ressuscité qui avait oublié son passé et cherchait via ses compétences qui il avait bien pu être)

Cela crée des éléments de tensions, peur servir à des rebondissements (« non, je ne suis pas ton père, ah ah ! »). On peut mentir à l’amnésique sur son passé. Lui-même ne sait plus ce qui est de son fait ou non (très pratique en roman policier : est-il en fait le coupable, un témoin, une victime ?). Cela entretient le suspense, pose des hypothèses, demande qu’on les vérifie et secoue encore davantage le personnage).

L’amnésique ne sait évidement pas qui il était. Si cela se trouve il se détesterait en découvrant son « vrai » visage (je vous spolie ou pas sur Total Recall ?). Cela permet aussi de créer des prises de conscience (société, environnement, etc…) et donc à la fois une critique de « l’ancien héros », et donc une évolution psychologique positive du personnage concerné.

Et les clones. Pensez-vous aux clones ? Eux ne sont pas amnésiques. Pire : ils se retrouvent souvent confrontés à qui et ce que sont les originaux. Ils sont forcés de se fondre dans un moule qu’ils peuvent détester (Mark Vorkosigan) ou avec une réputation et un métier dont ils se seraient passés (Santiago).

Bref, l’amnésique est un personnage qui plait aux auteurs pour les avantages qu’il procure (critique sociétale, évolution psychologique, ressort scénaristique, suspens, mensonges, transfiguration). Il agace le lecteur, qui voit bien les fils qu’on tire à travers lui, mais qui cède souvent aux charmes de ce mystère identitaire.

La question est donc : comment rendre un amnésique totalement inédit ? À vos claviers !

— Andréa