Julie Limoges vous parle du Soleil des hommes

Chaque mois, un auteur d’Hydralune vous parle d’une de ses œuvres.
Retrouvez ici les articles relatifs au Soleil des hommes de Julie Limoges !

— Un monde privé de lumière

Illustration de Slava Gerj

Dans le Soleil des hommes, le soleil a disparu et le monde est plongé dans une obscurité constante.

À l’origine, le roman était une nouvelle se déroulant dans le désert australien lors d’une nuit sans fin. Il y avait une taverne mal famée, tout un tas de créatures assoiffées de sang et une bonne dose d’action. L’auberge de Moor à son apogée ! Mes influences restent encore et toujours les films de genre, les séries B peuplées de monstres, de fous et de chimères. Pour cette nouvelle-ci, des films comme Pitch Black, 30 jours de nuit, Une nuit en enfer ou The descent m’ont inspirée. L’idée de jeter des antihéros dans une situation désespérée et de voir comment ils vont s’en sortir, ou non, à coup de fureur, de sueur et de sang m’intéressait.

La nouvelle s’est ensuite étoffée. Elle est devenue plus sage, plus construite aussi. Le narrateur a réussi à s’extraire de ce bouge infâme avec l’objet de sa quête et s’en est allé marcher sur une terre morne, écrasée sous un ciel d’encre.

Les questions se sont dès lors imposées d’elles-mêmes au fil de sa progression. Le voilà dehors : que voit-il ? Est-ce éclairé aux abords du bâtiment ? A-t-il une lampe ? Comment sait-il par où s’enfuir ? Et le monde : à quoi ressemble un environnement sans lumière ? Voit-on au loin la moindre source brillante ? Quels gadgets aura-t-on bricolés pour vivre dans un tel univers ?

Alors viennent les questionnements plus complexes, plus décisifs. L’homme peut-il vivre dans un monde sans lumière ? A-t-il encore sa place dans une faune et une flore qui se sont adaptées bien plus vite que lui ? Comment son quotidien est-il impacté ? Comment perçoit-il les choses telles que la temporalité, les saisons, les couleurs ? Comment va-t-il évoluer ? Quelles maladies ou pathologies peut-il développer ?

Afin d’aller au bout de ces raisonnements, j’ai choisi que le passé soit flou, trop lointain pour que ses enseignements jouent sur la perception de la plupart des protagonistes. Ce monde est jeune, il redécouvre à peine et à la peine ses origines. Il s’est construit sur des croyances et des repères nouveaux.

Le dualisme Humain/Multin est exacerbé par l’absence de lumière naturelle. Là où les Humains ont longtemps dominé grâce à leurs technologies plus avancées et une cohésion plus forte, les Multins ont petit à petit réussi à rattraper leur retard dans les deux domaines. À l’aube du nouveau conflit, ils se présentent aussi bien armés et réunis au sein des Duchés, une structure qui n’a rien à envier aux Régions humaines. Ils sont faits pour vivre dans la nuit éternelle. Ils ne craignent ni les morts, ni la peste galopante, ni l’obscurité. Elle est leur alliée, et ils comptent bien l’utiliser à leur avantage pour éradiquer une fois pour toutes les Humains.

À moins qu’un détail ne vienne leur mettre des bâtons dans les roues… On ne se méfie jamais assez des losers !

C’est tout pour aujourd’hui ! La fois prochaine, Julie Limoges vous parlera des différentes villes présentées dans les romans.